Au Mont-Veyrier, le débat dépasse le simple démontage d’un module en bois. Il touche à la manière dont Annecy veut accueillir un VTT de plus en plus visible, sur un massif qui concentre loisirs, biodiversité et pression d’usage à quelques minutes du lac. Le dossier est sensible parce que le site est déjà pensé comme un espace à partager, pas comme un terrain livré aux initiatives isolées.
Un démontage qui arrive dans un massif déjà sous surveillance
Le 27 avril, des vététistes ont découvert que des aménagements qu’ils avaient créés étaient en cours de démontage dans le secteur du Mont-Veyrier, côté Annecy-le-Vieux. L’affaire a aussitôt circulé sur les réseaux, au moment même où le Grand Annecy rappelle que le massif s’étend sur environ 1 522 hectares, entre quatre communes, et qu’il fait l’objet d’un plan de gestion conçu pour organiser la fréquentation et préserver un cœur de nature très exposé.
Ce qui change la lecture du dossier, c’est le calendrier. En mars 2026, le Grand Annecy a encore annoncé dix nouveaux itinéraires VTT dans le bassin annécien, en parallèle de ses chemins de randonnée. Autrement dit, l’agglomération ne freine pas la pratique cyclable en bloc ; elle tente plutôt de la canaliser dans des tracés identifiés. C’est précisément là que les installations improvisées deviennent un point de friction.
Le cœur du conflit tient en trois lignes très concrètes :
- Le site est déjà cadré : le Mont-Veyrier a été intégré à une logique de gestion officielle, avec une gouvernance partagée et un suivi prévu sur plusieurs années.
- Le VTT n’est pas hors sujet : le plan de gestion prévoit explicitement l’encadrement de la circulation VTT et l’organisation de pistes de descente ou d’enduro.
- La demande de terrain reste forte : Annecy structure aussi de nouveaux parcours, signe qu’il faut répondre à une pratique qui se développe vite.
Le vrai nœud : comment laisser rouler sans abîmer
Le dossier ne raconte pas une guerre entre pro-VTT et anti-VTT. Il montre plutôt qu’un massif très fréquenté ne supporte plus les zones grises. Grand Annecy explique sur ses pages officielles que les sites naturels réunissent agriculteurs, forestiers, promeneurs, sportifs et organisateurs d’événements, et que le plan de gestion sert justement à organiser ce partage de l’espace. Dans ce cadre, des aménagements bricolés hors procédure peuvent être perçus comme un contournement de la règle, même quand l’intention sportive est réelle.
La logique publique va donc plus loin qu’un simple démontage. Elle vise aussi la prévention des conflits d’usage, la protection des sols et la sécurisation des pratiques. Le plan du Mont-Veyrier prévoit d’ailleurs des éco-gardes, une zone de préemption ENS demandée au Département et une évaluation à mi-parcours, preuve que la collectivité veut garder la main sur l’évolution du site plutôt que subir des faits accomplis.
Annecy essaie d’éteindre l’incendie avant qu’il ne dure
Politiquement, le nouveau maire d’Annecy, Antoine Armand, a annoncé une réunion avec toutes les parties prenantes, signe que la mairie cherche à désamorcer un sujet qui peut vite diviser les pratiquants, les riverains et les défenseurs du massif. Cette séquence compte, parce qu’à Annecy le vélo n’est pas un sujet périphérique : il touche à l’image sportive de la ville, à son attractivité touristique et à la manière dont la montagne est partagée au quotidien.
Le Mont-Veyrier est déjà soumis à des mesures de régulation précises, avec une réglementation sur la circulation des véhicules à moteur et la présence d’écogardes dans le cadre du plan de gestion 2024-2029. Le message envoyé par les autorités locales est clair : préserver le site passe d’abord par des usages balisés et surveillés, pas par des aménagements créés au fil de l’eau.
À Annecy, la vraie question n’est plus de savoir si le VTT a sa place
La vraie question est ailleurs : quelle place laisser au VTT, et à quelles conditions. Dans un secteur où la pratique progresse, où de nouveaux itinéraires sont ouverts, et où le massif est déjà géré comme un espace sensible, le démontage du 27 avril ressemble moins à un épisode isolé qu’à un signal politique. Si le dialogue échoue, le risque est simple : voir se multiplier des tracés sauvages d’un côté, et des réponses de plus en plus fermes de l’autre.
Au fond, Annecy teste maintenant sa capacité à faire cohabiter une culture vélo très puissante et une exigence écologique devenue non négociable. C’est tout l’enjeu du Mont-Veyrier : transformer une tension locale en cadre stable, avant que chaque démontage ne relance la même polémique. Faut-il davantage de secteurs officiellement dédiés au VTT, ou une ligne plus dure contre toute installation improvisée sur ce massif ?

