Dans les campings du littoral comme dans ceux installés près des étangs, le problème n’est plus seulement une gêne de fin de journée. Quand les moustiques s’installent tôt, ils raccourcissent les soirées, abîment l’expérience famille et finissent par peser sur la réputation du site. Dans un secteur où l’on vend du plein air, la piqûre devient un vrai sujet de fréquentation.
Un hébergement pensé pour l’extérieur, donc exposé de plein fouet
Les derniers chiffres de l’Insee rappellent à quel point l’hôtellerie de plein air pèse lourd en France. Entre avril et septembre 2024, les campings ont totalisé 141,2 millions de nuitées, et plus de 27 millions de touristes ont fréquenté la filière sur l’année. Le secteur reste très ancré dans des espaces peu denses, ruraux, littoraux ou de montagne, précisément là où la chaleur, l’humidité et la végétation donnent aux moustiques un terrain favorable.
Le problème est simple : le camping vit dehors. C’est sa force, mais aussi sa faiblesse. Une soirée ratée se voit tout de suite, une nuit hachée encore davantage. Et contrairement à un hôtel, il suffit de quelques piqûres pour gâcher la terrasse, le repas, la sieste des enfants et le discours d’après-vacances.
Pour comprendre pourquoi la nuisance frappe si fort, trois facteurs se cumulent :
- des espaces ouverts, où les piqûres touchent tout le monde au même moment ;
- des points d’eau et des arrosages, qui favorisent les gîtes larvaires ;
- une attente très élevée, car le vacancier paie d’abord pour l’air libre, le calme et les soirées dehors.
La pression monte aussi pour les exploitants
Dans le Var, la Ville de Saint-Tropez a détaillé en juin une stratégie de surveillance et d’action centrée sur les chemins du littoral, les bords de route, les ruisseaux pluviaux, les flaques, les espaces verts, les fosses septiques et les arrosages automatiques mal réglés. L’idée n’est plus de subir l’invasion, mais de cibler les zones les plus à risque avant qu’elles ne dégradent l’accueil.
Cette approche dit beaucoup de l’évolution du dossier. Le moustique n’est plus traité comme un simple désagrément estival. Il devient un indicateur de confort, un sujet de maintenance et un risque commercial. Dans les régions touristiques, un camping peut perdre une partie de son avantage si les soirées deviennent vite insupportables.
Pourquoi le dossier s’est tendu encore davantage cette année
Le décor sanitaire s’est durci en 2025. Santé publique France a maintenu une surveillance renforcée sur les arboviroses, et l’organisme a indiqué qu’au 1er janvier 2025, le moustique tigre était implanté dans 81 départements métropolitains, soit 84 % du territoire. Le même communiqué fait état de plus de 1.100 cas importés de dengue et de plus de 900 cas importés de chikungunya depuis le début de l’année.
Autre point souvent sous-estimé : le moustique tigre ne prospère pas seulement dans les zones humides visibles. Il se développe aussi dans les récipients, les soucoupes, les récupérateurs d’eau et les petits points d’eau oubliés. Pour un camping, cela signifie qu’une partie du problème se joue à l’échelle du terrain, du jardin, de l’allée, voire du simple équipement mal entretenu.
La saison de plein air se jouera aussi sur cette bataille discrète
Le camping reste un pilier du tourisme français, avec une fréquentation solide et une clientèle qui revient souvent pour le rapport qualité-prix autant que pour le grand air. Mais l’invasion des moustiques change l’équation : l’arbitrage ne se fait plus seulement sur la piscine, les animations ou l’accès plage. Il se joue aussi sur la capacité d’un site à offrir des soirées supportables et des nuits vraiment reposantes.
Voilà pourquoi cette nuisance prend de l’ampleur dans les discussions de saison. Elle touche à la fois l’image, la fidélité et l’économie d’un séjour. Et dans un marché aussi concurrentiel, la moindre réputation de terrain trop exposé peut coûter cher bien au-delà d’un mois d’été.
Faut-il désormais considérer la maîtrise des moustiques comme un critère de choix aussi décisif que l’accès à la plage ou la qualité des sanitaires ?




